Le  carnaval

Le carnaval

En début des années 1950, des organisateurs enthousiastes, un vrai palais de glace, une reine, des duchesses et un bonhomme carnaval, des activités sportives et sociales, voilà tous les ingrédients des premières éditions du Carnaval d’hiver de Saint-Jovite! Mieux « meubler » ce temps creux de saison, favoriser l’économie touristique hivernale et permettre à ses concitoyens de vivre du bon temps, rien de mieux pour le moral. Alors de la fin janvier jusqu’à la mi-février, avant le carême cela va de soi, des programmes sportifs, des soirées dansantes et folkloriques de même que plusieurs autres activités sont à l’honneur.

Qui dit carnaval, dit reine! Ici, elle est choisie à l’issue d’un concours d’art oratoire jugé par des enseignants et l’inspecteur d’école. Après tout Sa Majesté doit être capable de s’adresser à ses sujets et être une bonne ambassadrice car elle assiste à toutes les activités. Bien sûr, elle est accompagnée de ses duchesses, au nombre de cinq à sept, sélectionnées parmi les autres lauréates du concours. La soirée du couronnement et la traditionnelle parade où elles sont les vedettes du dernier char allégorique sont leurs moments de gloire.

Pour bien être dans la note des festivités, les hommes arborent la ceinture fléchée, symbole de tradition transmise par les autochtones mais maintenant réalisée par les doigts agiles des épouses. Si les ceinturons gardent les manteaux bien fermés afin de contrer le froid, certains usent d’une autre astuce et ne jurent que par le « p’tit caribou »! Fabriqué soi-même ou acheté, un petit flacon est toujours bienvenu pour se réchauffer les sangs, parfois de façon inusité car le précieux liquide est dissimulé dans une canne!

Gageure au hockey

Gageure au hockey

Comme toujours l’hiver est long et les activités rares!  Vers 1929, il y a au moins la patinoire du village et on en profite pour organiser des parties de hockey.  Deux équipes se forment et la joute commence sous l’œil vigilant de l’arbitre.  Des paris sont lancés sur l’issue de la partie.  Mais une chose est sûre, l’entraîneur de l’équipe perdante aura à subir une punition cocasse.

Attention, la fin du match approche et les joueurs redoublent d’effort pour éviter que  leur entraîneur soit soumis au châtiment convenu.  Mais il y a toujours un perdant… Le juge du moment et les amateurs l’accompagnent ou l’amènent, s’il y a résistance, en face du magasin général.  Aujourd’hui, le défi à relever : faire rouler un ballon avec son nez en suivant la ligne la plus droite possible jusque devant le presbytère!   À genoux et les mains dans le dos, il s’exécute sous les directives, les encouragements ou les invectives des spectateurs. Il a intérêt à garder la bonne direction car s’il s’en éloigne, coup de sifflet et il doit retourner au point de départ.  À mi-parcours,  devant l’église, court repos de cinq minutes…  et sa randonnée à genoux reprend.  L’inspecteur qui joue la sévérité relève tous les manquements et parfois s’amuse avec un peu d’exagération à le faire recommencer au grand plaisir des observateurs.

Une fois l’épreuve réussie… la fête se poursuit à l’intérieur!  Repas, danses et chansons à répondre compléteront cette aventure amicale.

Que voulez-vous, on s’amuse comme on peut!

Les sucres

Les sucres

Une belle tradition.

Bien avant la venue des Européens en Amérique, les autochtones recueillent l’eau d’érable. Les premiers Français établis ici imitent les habitants du pays et font de cette cueillette une pratique courante. À chaque érable entaillé est inséré un chalumeau en bois pour permettre à l’eau de s’écouler dans le seau suspendu à l’arbre. L’eau est ensuite versée dans un grand baril posé sur un traineau et transporté par les chevaux jusqu’aux feux de cuisson ou à la cabane à sucre. Ne reste plus qu’à la bouillir dans un grand chaudron de fonte afin qu’elle se transforme en sirop.

La cabane à sucre est idéalement construite au centre de l’érablière, dans un endroit sec et préférablement ensoleillé. Bâtie de planches de bois et de poutres équarries à la hache, la cabane possède un toit en tôle à double versant. La présence d’un tire-vapeur assure l’évacuation de l’humidité produite par l’ébullition de la sève.

Dans cet intérieur rustique se retrouvent une table, un établi le long d’un mur, des bancs et des chaises. Tous les instruments en usage pour la production du sirop sont présents sur place : chaudières, moules à sucre, poêlons et autres outils indispensables. L’exploitant de la cabane à sucre, communément appelé le sucrier, fait de la cabane sa résidence secondaire durant presque un mois. En effet, de la mi-mars à la mi-avril, période où la coulée de la sève bat son plein, la cuisson se poursuit même la nuit!

Bien vite, la cabane à sucre devient un lieu de détente et de plaisir. La famille, les amis, les voisins prennent l’habitude de s’y réunir régulièrement. Les étapes d’évaporation donnent lieu à de délicieuses dégustations : le réduit, l’écume, le sirop et la tire! Quel régal! S’ajoutent encore de copieux repas et parfois de la musique, des danses et des chants :

En caravane allons à la cabane
Oh! Eh oh ! On n’est jamais de trop
Pour goûter au sirop
Pour goûter au sirop d’érable.

Le carême

Le carême

Dans nos bonnes paroisses catholiques, la messe du mercredi des Cendres marque le début du carême. Pendant cette cérémonie, le curé trace sur le front de chacun des participants, une petite croix avec des cendres et prononce les paroles rituelles : « Rappelle-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Ces paroles soulignant notre état mortel renforcent l’incitation aux sacrifices et aux privations dont les prochains quarante jours doivent faire l’objet. Ce digne temps de préparation conduit à la plus importante fête du calendrier liturgique, la fête de Pâques.

Chaque personne est encouragée à prendre des résolutions toujours dans l’idée de faire pénitence. À la portée des enfants, ne pas manger de bonbons, effectuer les tâches assignées ou les devoirs avec application et sans rechigner, ajouter une prière à celles déjà récitées et, bien sûr, s’accorder avec ses frères et sœurs demeurent les plus choisies. Les adultes ne sont pas en reste, les hommes coupent souvent l’alcool, les blasphèmes et le fumage, cigarette ou pipe; les femmes arrêtent les sucreries, sont moins coquettes ou retiennent quelques commérages. C’est une période où les rencontres entre familles ou amis, pour danser, faire de la musique ou jouer aux cartes sont mal vues et pratiquement interdites.

Ces résolutions personnelles s’ajoutent à la prescription de l’Église de jeûner tous les jours sauf le dimanche, en plus de « faire maigre » le vendredi. Les rations de chaque repas, pas toujours généreuses, sont réduites pour s’y conformer. Au déjeuner, un peu moins de pain, de « soupane » ou de lard; le midi et le soir, en plus de portions diminuées de soupe, de viande et de légumes, le dessert est souvent sacrifié… Au menu des repas des vendredis se succèdent les fèves au lard (sans le lard), les omelettes et toutes sortes de plats de poisson, des petites truites rôties à la poêle au pâté maison… L’exception du dimanche permet de mieux se remplir l’estomac avant d’affronter une autre semaine de jeûne!

Durant la dernière semaine, l’espérance « du retour des cloches de Rome » annonçant la fin du carême grandit quotidiennement. Pendant que les jours saints ramènent les familles à l’église pour les célébrations relatant la passion du Christ, les cloches demeurent toujours silencieuses… Mais, le samedi, sur l’heure du midi, enfin les envolées sonores se font entendre et délivrent chacun de ses privations! Après de bons repas, parents et enfants assistent solennellement à la veillée Pascale. La cérémonie empreinte de symboles de renouveau évoquant la Résurrection et la messe diacre sous-diacre sont grandioses. Pour être à la hauteur, l’église s’est parée de lys blancs et les paroissiennes… de leurs traditionnels chapeaux de paille aux garnitures fleuries!

L’eau de Pâques

L’eau de Pâques

Les cérémonies religieuses entourant la fête de Pâques sont imprégnées de symboles de renaissance, particulièrement à la veillée pascale. Au cours de ce rituel, le prêtre bénit le feu nouveau et l’eau qui sera utilisée toute l’année pour les baptêmes et les bénédictions spéciales et déposée dans les bénitiers.

L’équivalent familial de cette célébration est la cueillette de l’eau de Pâques. Cette tradition, vieille de plusieurs siècles, nous a été transmise par nos ancêtres français.

À l’aube de cette journée, le père et ses enfants les plus âgés se mettent en branle. Le groupe, éclairé par le fanal, se dirige en silence vers une source qui coule bien. Arrivé sur place, le père vérifie si la glace consent à libérer l’eau tant convoitée. Si non, il l’aide de quelques coups vigoureux de hachette car le temps presse, tout doit être terminé avant le lever du soleil. L’eau, cueillie à contre-courant, remplit à ras bord chacune des cruches, ce sera la réserve d’eau spéciale de l’année entière. Lorsque le soleil montre ses premiers rayons, fiers de leur réussite, ils sont prêts à célébrer Pâques… Et même à croire que le soleil danse à ce moment comme l’affirmaient certains anciens!

Mais pourquoi se donner tant de mal pour de l’eau? Parce que cette eau, un peu miraculeuse, se conserve toute l’année sans se corrompre. Elle est un gage de protection contre les intempéries et contre certaines maladies.

Il est d’ailleurs recommandé d’asperger maison et bâtiments de ferme à l’aide d’un rameau béni et trempé dans l’eau de Pâques pour les protéger de la foudre, du tonnerre et des vents violents… mais aussi des mauvais esprits et des malheurs! Lors d’orage, de travaux ou d’expéditions dangereuses, les personnes se placent sous protection divine en se signant avec cette eau.

Ma mère en utilisait pour fabriquer son propre sirop contre le rhume ou le croup. Elle faisait bouillir dans un peu d’eau de Pâques, des fleurs d‘herbe à dinde (achillée mille-feuille), du miel et du jus de citron jusqu’à ce qu’elle obtienne un sirop clair mais consistant. Il était très efficace.

Il n’y a pas si longtemps, les Chevaliers de Colomb organisaient un autobus pour aller chercher l’eau de Pâques à la source de Saint-Faustin. Pendant le trajet et sur place, régnait un silence respectueux et tous avaient le temps de puiser leur eau avant le lever du soleil. L’ambiance joyeuse du retour, ponctuée de chants et de prières, était au diapason de la grande fête de la résurrection!

Récoltes et conserves

Récoltes et conserves

Au début du siècle dernier, les gens cultivent leur terre en espérant nourrir à la fois leur famille nombreuse et les bêtes qu’ils élèvent.

Pour les animaux, les champs voient mûrir la luzerne, le trèfle, l’avoine, le maïs et le foin. Si souvent, les deux premiers sont broutés sur place pendant l’été, les autres sont engrangés pour le fourrage d’hiver. Au moment de récolter, les plus vieux avec le père sont assignés à la coupe et les plus jeunes s’occupent des « vayoches » et du chargement de la charrette. Le maïs est ensilé.

Les céréales semées ne servent pas qu’aux animaux, le blé et le sarrasin, devenus farine, se transforment en pains, biscuits, gâteaux, crêpes ou galettes et l’orge grillé en boisson chaude semblable au café. Une autre récolte très prisée est celle du tabac, car elle permet, en plus de bonnes pipées, de se comparer à ses voisins et peut-être d’être honoré de la meilleure production… pour cette année!

Mais toutes ces céréales ne doivent pas faire oublier l’apport important du jardin dans l’alimentation familiale. Si, au cours de l’été, les légumes frais ont enrichi la tablée, dès septembre, la femme et les enfants s’activent à dégarnir complètement le potager et à préparer les réserves pour l’hiver. Les tomates vertes deviennent ketchup, les rouges sont ébouillantées, pelées et placées avec une cuillérée de gros sel dans des boîtes de conserve scellées à l’aide de la sertisseuse. Les petits pois et les fèves subissent le même sort. Les betteraves et les concombres, eux, finissent généralement en marinades. Les pommes de terre, les carottes, les navets et les choux d’hiver sont emmagasinés dans le caveau.

La cueillette des fruits s’échelonne pendant l’été et l’automne. Les cerises sont converties en vin qui sommeillera à la cave au moins un an avant de célébrer les fêtes de fin d’année. Les fraises, framboises et bleuets sont concoctés en savoureux desserts en leur saison et permettent d’aligner pots de confiture ou de gelée dans la dépense. En septembre, il reste les pommes… et le plaisir de grimper aux arbres! Certaines sont placées à la cave, les autres sont cuisinées afin de se sucrer le bec dans la froidure de l’hiver!

L’Action de Grâces clôture ce grand cycle des semailles aux récoltes, une grande fête de remerciement pour le travail accompli.