Laver et repasser

Pour les femmes d’autrefois, l’entretien du linge monopolise beaucoup de leur temps. Même si on possède peu de vêtements, on a beaucoup d’enfants!

La journée de lavage commence tôt, demande de l’organisation et s’effectue avec une installation particulière que l’on soit à l’époque où tout se fait à la main ou que l’on bénéficie d’une des premières laveuses électriques. Souvent la mère de famille compte sur ses « plus vieilles » pour l’aider dans cette tâche car plusieurs étapes se succèdent entre le chauffage de l’eau dans le « boiler » et sur le poêle à bois et la dernière brassée à étendre sur la corde à linge.

Au lendemain de cette longue journée, pendant que le fer à repasser chauffe sur le poêle, chaque pièce est inspectée… un petit reprisage ici, une petite couture là, une des soirées y sera consacrée. Pour l’instant, le linge à repasser est priorisé, la ménagère a de quoi meubler ses prochaines heures!

Lundi, jour de lavage

Dans plusieurs foyers canadiens français, le lundi est consacré au lavage. Tôt le matin même par les chaudes journées d’été, la ménagère allume le poêle à bois car c’est le seul moyen d’avoir de l’eau chaude pour le lavage. De grands récipients placés sur celui-ci ainsi que le « boiler » intégré sont les sources d’alimentation en eau chaude qu’on soit à l’époque de la grande cuve et de la planche à laver ou au début de la laveuse électrique.

Pendant que l’eau chauffe, le linge est séparé selon les couleurs semblables. Comme tout le lavage se fait dans la même eau, on commence par le blanc et les tissus les plus délicats, les teintes foncent à mesure de l’avancée de la corvée. On garde pour la fin les vêtements de travail vraiment très sales ou les vieux torchons. La journée est coordonnée selon le rythme « lavage, rinçage, étendage, pliage ». Chaque brassée, après avoir été frottée sur la planche ou « agitée » dans la laveuse, est tordue puis rincée dans une autre cuve. Pour l’essorage final on s’y met parfois à deux pour s’assurer d’enlever le plus d’eau possible afin de faciliter le séchage mais rien ne vaut cette nouveauté, le « tordeur » à manivelle ou celui de la laveuse dernier cri!

Terminée la lessive! Non! Il faut mettre à sécher tout ce beau linge… Chaque pièce est alors accrochée à la corde à linge, dehors le plus souvent possible mais quelques fois à cause du froid et des intempéries, des cordes sont installées dans la maison… Dès les premières cordées séchées, on récupère les morceaux et on remplit à nouveau la corde à linge et le cycle se répète… On s’active ensuite à plier et à empiler dans le panier le linge à repasser et à ranger le reste.

Toute une journée! La mère de famille démontre un grand sens d’organisation et de coordination pour passer à travers cette tâche de façon efficace sans négliger ses autres occupations quotidiennes.

La fabrication du savon

Dans la majorité des foyers, la maîtresse de maison fabrique son propre savon de pays. D’abord, elle emmagasine le gras pendant tout l’hiver puis, le printemps venu, le fait fondre dans un grand chaudron de fer. Elle y mélange le caustique et brasse le tout en le faisant cuire. Quand elle obtient la consistance appropriée, elle laisse la préparation reposer toute la nuit. Le lendemain, elle la coupe en briques qu’elle dépose sur de petits supports de bois ajouré pour compléter le durcissement. Une fois durcies, les briques sont entreposées et constituent la réserve domestique annuelle. Le résidu liquide du chaudron est aussi conservé pour laver les planchers de bois franc.

Savon du pays

1/2 gallon de cendre de bois franc

1 gallon d’eau 

10 lb de gras (toute sorte)

Poignée de sel 

 

Faire bouillir la cendre et l’eau lentement pendant environ 2 heures.

Laisser refroidir jusqu’à ce que l’eau soit claire à la surface.

Filtrer cette eau pour obtenir la « lessive » à mélanger aux graisses.

Faire bouillir les graisses avec la lessive jusqu’à épaississement. Essayer dans l’eau froide afin de voir si le savon durcit; écumer.

Ajouter le sel et laisser refroidir avant de le couper.

Les cendres de bois bouilli produisent de la potasse, qui a pour effet tout comme la saponine de pouvoir dissoudre les graisses pour amener à un procédé de saponification… transformation des graisses en savon.

À noter : 1 gallon = 4 pintes = 16 tasses 

Savon de pays – 24 barres

1,2 L (5 tasses) eau froide

450 g (1 lb) soude caustique*

2 L (2 pintes) saindoux à température ambiante

Dans un vieux chaudron, verser l’eau froide et la soude caustique. Une réaction exothermique produira de la chaleur naturellement. Prenez garde, car ce mélange deviendra très chaud. Laisser tiédir, puis verser dans un grand plat de granit ou de tôle émaillée.

Ajouter le saindoux et remuer avec une cuillère de bois 10 à 15 minutes ou jusqu’à obtention d’un mélange homogène et opaque.

Verser dans des bacs de plastique peu profonds et laisser prendre le mélange pendant 2 à 3 jours. Démouler et couper en barres.

Laisser sécher les barres de savon à l’air 1 ou 2 semaines avant de les emballer. Le savon durcira et fondra moins rapidement.

La recette est une gracieuseté de l’ouvrage Dans les cuisines de la Matawinie d’hier à aujourd’hui.

*Soude caustique : hydroxyde de sodium ou NaOH. Produit que l’on trouvait dans certaines quincailleries, mais qui est maintenant vendu en pharmacie, souvent sur commande spéciale.

Le repassage

Au lendemain de la journée de lavage, les préparatifs vont bon train pour entamer l’étape du repassage. Pendant que les deux fers chauffent sur le poêle à bois, la ménagère entame un cérémonial presque proverbial, elle change de tablier, se lave soigneusement les mains et nettoie la table. Elle y installe le molleton, genre « confortable », de fabrication maison sur lequel elle va repasser car la planche à repasser n’est pas encore disponible ou coûte trop chère pour les moyens du « ménage ».

Et l’opération commence… d’abord en vérifiant la température des fers. Un peu d’eau jetée à la semelle du fer sert d’indicateur, si l’eau forme une petite bulle, il est assez chaud pour entreprendre l’ouvrage. On puise alors dans le panier où le linge a été déposé la veille, les premiers morceaux à être repassés. Ils sont choisis par catégories de tissus pour ne pas avoir à changer la température du fer trop souvent. Les cotons sont humectés (on n’avait pas de fer à vapeur) à l’aide d’une bouteille remplie d’eau coiffée d’un bouchon perforé. Ainsi humectés, les faux plis disparaissent plus facilement. Les couleurs pâles repassées, on attaque les couleurs foncées et les vêtements de travail beaucoup plus épais. L’alternance des fers à repasser accélère un peu le processus.

À la fin, avec une température plus modérée on repasse les vêtements de bébé et les lainages. Pour ceux-ci, le plus souvent on utilise un coton humide bien étalé sur la pièce à repasser, la vapeur dégagée égalise le tricot et empêche le vêtement de se déformer.

À cette époque, le repassage répond à des besoins précis, désinfecter le linge, lui donner du « corps » en enlevant les faux plis et en améliorer la présentation.

Un vêtement bien repassé fait la fierté de la ménagère!

Les premiers fers à repasser ont des poignées en métal, on doit donc utiliser un tissu épais pour les prendre afin de ne pas se brûler, le manche devenant aussi chaud que le fer bien entendu!  Par la suite, les fers sont munis d’une poignée en bois amovible. Beaucoup plus pratique, la poignée s’enlève, peut s’ajuster à différentes semelles et est plus sécuritaire pour les mains des ménagères. Le fer électrique a commencé à être commercialisé dès les années 1920 mais peu de foyers ont alors de l’électricité, il apparaîtra ici à mesure de leur électrification vers les années 1940-1950.

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